Et la lumière fut, Et facta est lux

 

Notre nouvelle collection Jourca, je l'ai dessinée et imaginée l'automne dernier. Dans les conditions qu'on connaît tous. Un minimum de liberté. Un minimum d'espoir. Coupée de la nature et des autres. Clouée sur place dans l'acceptation et l'apprivoisement du rien. À ce moment-là de ma vie, je suis seule au quotidien. Et comme beaucoup de gens seuls en 2020, je deviens un peu folle, converse à voix haute avec moi-même et me mets à peindre des animaux fantastiques bariolés et des fleurs aux tonalités complètement hallucinogènes partout chez moi. Je collectionne également les plantes. Frénétiquement. Je ne m'en rends pas vraiment compte sur le coup, mais en l'espace de quelques semaines j'ai rempli (à craquer) mon minuscule studio d'une vie indomptable et d'une overdose de couleurs. Une véritable jungle psychédélique. Je m'en rends compte aujourd'hui, à chaque fois que je passe la porte d'entrée, ça pique les yeux pendant quelques secondes. Mais ça me comble de joie également ! Je suis enfermée chez moi. Mais j'habite un jardin aux mille et unes couleurs, secrètement perché au 4ème étage d'un vieil immeuble branlant.

 

Cling cling cling ! Mon planning Jourca se met à sonner. “Créa Pénélope”. Ouhla. THE période. Le moment de l'année le plus intense pour moi (et mes proches). Je passe du rire aux larmes en quelques secondes et j'appelle les gens tour à tour, soit pour leur dire que je viens d'avoir une idée géniale (et parfois lors de pics euphoriques, que JE suis géniale), soit leur expliquer par a + b que la source prolifique des idées s'est tarie pour de bon, que je ne suis qu'une impostrice et que je vais balancer mon ordinateur et toutes mes plantes par le balcon. Bref. C'est Joanne qui va être contente.

 

 

Allez hop. Il est temps que je me coupe du monde, pour plonger dans les tréfonds trépidants de mon imagination et en rapporter la prochaine collection. Me couper du monde ? Ah ah ah !! Laissez-moi rire. L'ironie de la vie parfois.


Voilà. Le contexte est replacé. Et le décor est posé. Je m'attaque à la créa de cette nouvelle collection. Quand je dessine des bijoux, en vrai je blablate. En règle générale, je parle des hommes et des femmes, surtout des femmes, de leur relation entre elles, de féminité, mais aussi de spiritualité (par là j'entends une- ou en tout cas ma- conception de la vie, de l'amour, de la joie, de la nature, de la synergie entre tout, d'un point de vue invisible et complètement ouvert à tout ce qui ne s'explique pas toujours de façon rationnelle) et de mes émotions du moment. Pour cette collection, clairement, ce qui m'obsède et ce dont je vais parler exclusivement, c'est de lumière.

 

La lumière.

Vaste sujet.

Sensation visuelle. Manifestation divine. Mouvement philosophique. Artistique. Chaleur. Couleur. Saison. Floraison. Épanouissement. Vie.


En ce qui me concerne, l'idée qui me séduit en premier lorsqu'on parle de lumière (et qui pourrait bien s'apparenter au comble du sublime), c'est que (non seulement) chacun est libre d'y percevoir ce qu'il souhaite, mais qu'(en plus) dans tous les cas, tous les imaginaires, les différentes cultures, convictions religieuses, spirituelles ou scientifiques, elle (la lumière) aura forcément une dimension positive, magique, céleste, douce, réconfortante, poétique, vertueuse, enchanteresse. C'est pas beau ça !

 

 

Personnellement, si la lumière pouvait avoir une consistance, je me vautrerais dedans ! Tiens d'ailleurs, quelle consistance ça peut avoir la lumière ? C'est chaud forcément. La chaleur d'un feu de cheminée un dimanche soir d'hiver. Ou bien celle d'un farniente au soleil dans l'herbe sauvage et les pâquerettes folâtres du jardin d'Éden. Mais surtout, ce doit être extraordinairement moelleux. Un moelleux infime et éthéré, un peu comme celui de l'écume.


L'écume, ça me parle particulièrement. Je vais utiliser les perles Massaï en verre blanc, nacré et translucide pour en recréer l'illusion sur nos bijoux. Il faut dire que j'ai un certain lien affectif à l'écume. Car sa moindre évocation me renvoie immanquablement au conte de La Petite Sirène d'Andersen. Cette histoire a profondément marqué mon enfance (il faut dire, entre autres détails légèrement sordides, qu'elle se fait quand même couper la langue par la sorcière ! À la fin, n'étant pas aimée en retour de son prince, elle s’apprête à mourir et se transformer en écume. Et hop au dodo maintenant ! Fais de beaux rêves ma chérie !) En réalité, loin de m'avoir traumatisée, cette histoire a éveillé en moi les prémices de mon rapport à la spiritualité. D'abord, est-ce qu'on meurt réellement lorsqu'on se transforme en écume ? Est-ce que retourner à la nature, se dissoudre en elle pour ne faire plus qu'un ensemble, ce n'est pas l'ordre normal des choses ? Est-ce que la mort ne serait pas plutôt le début d'une seconde vie avec une forme et des perceptions différentes ? Haute comme trois pommes, j'étais déjà persuadée que oui.

Du coup, j'ai toujours trouvé la fin de ce conte non seulement sublime, mais presque rassurante. Et la découverte de la culture et de la spiritualité Massaï, bien des années plus tard, n'a fait que me conforter dans cette opinion. Pour exemple ce proverbe : “Enk'Aï Osororua” qui veut dire “Enk'Aï (la déesse mère) je suis prêt.e à refaire Un avec Toi, dans la chaleur originelle de ton utérus sacré”. En gros, le retour à la nature, qui est la manifestation de toute vie, est la fin ultime. L'ordre des choses encore une fois.

 

 

Et c'est clairement pour moi l'un des chemins possibles vers la lumière. La collection en perles Massaï, la manchette Encipaï (joie, expression la plus pure de l'énergie de l'amour), le collier Ewaan (vie), la manchette Osiwo (vent) et les créoles Enyora II (Amour) traduisent ce retour à la nature, cet abandon aux éléments qui savent instinctivement où nous porter. Je les ai imaginés comme des cours d'eau paisibles ou des vagues puissantes qui ruisselleraient ou s'enrouleraient sur le corps des femmes. Et puis tout ce blanc, c'est le calme ultime. La couleur de la lumière, c'est la paix. Une couleur qui se voit aussi bien les yeux fermés.

 

Quant aux designs dorés, les créoles Anima, la parure Utopia et les boucles d'oreilles Lux, ce sont autant d'histoires qui évoquent elles aussi diverses interprétations de la lumière. Cette fois par la forme, plutôt que par la couleur. La synergie entre l’âme et le corps représentée dans les boucles Anima. Mais également l'entraide entre les femmes, le sentiment de sororité. L'acceptation de la solitude et le retour à l'écoute de soi (so 2020!) afin de renaître plus fort, plus indépendant, qu'incarne la parure Utopia. Et la référence aux vitraux, sublimissime et géniale utilisation de la lumière par l'Homme, gravée dans les boucles Lux.


Aujourd'hui la collection est enfin là, matérialisée, hors de ma tête. C'est toujours très étrange pour moi.  Presque fascinant. D'autant que je peux le constater de mes propres yeux, la lumière est bien là, en chaque bijou, elle irradie et moi aussi, de plaisir et de fierté. Mission accomplie !

 

Pénélope (avril 2021)

 

 

Commentaires

  • Publié par louarn le

    merci,Pénélope de te livrer ainsi!
    les contes t’ont fait grandir et te parlent encore!la vie est comme un conte qui évoque le mourir à soi-même pour que la lumière,l’intuition ,la créativité apparaissent!toujours autant de petites morts!travail de l’âme comme tu l’évoques!je te retrouve avec le seigneur des anneaux!enfant,mon conte était la petite fille aux allumettes!
    le conte pendant 15ans a été un outil de soin dans mon travail!bravo à toi!et un bel anniversaire ce 25avril! je reste admirative de ton travail!je t’embrasse.Marie-renée

  • Publié par Regine HEITZ le

    Bravo pour ces textes remplis d’ inspiration et de ressentis si bien décrit .
    Bravo également pour votre travail . J’ ai deux bijoux chez moi .
    Bonne continuation à vous ( soeur de la belle-soeur de la maman de Joanne )
    Régine

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